Interview Alexandre Kowalski

Alexandre Kowalski, Team Manager Yamaha sur les Rallyes et Responsable de l’ensemble du département Off-Road de Yamaha.
Véritable Chef d’orchestre sur les Rallyes et grand Manitou de la branche Off-Road chez Yamaha Motor Europe; en cette période de confinement et d’annulation d’événements sportifs (entre autres) qui frappent l’ensemble du globe, je vous propose ces quelques mots échangés par téléphone histoire de bien respecter la distanciation avec Monsieur Alexandre Kowalski.

Pour ceux qui ne te connaissent pas, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots? (nom, âge, parcours… tout ce que tu veux! 🙂 )

Alors, Alexandre Kowalski, j’ai 52ans. J’ai commencé chez Yamaha il y a 25ans à peu près, en passant par l’école du commerce au début en étant tout d’abord commercial sédentaire, ensuite inspecteur commercial. Toujours chez Yamaha Motor France, je suis passé Responsable Presse Compétition, à cette époque j’étais en charge de la com des compétitions, que ce soit Road ou Off-Road (SuperBike, 24 du Mans, Super Sport, MotoCross, Enduro…).
A cette époque là, Yamaha était investi dans toutes les disciplines sportives deux roues sous l’impulsion de Jean-Claude Olivier. Ensuite, j’ai pris toute la partie Marketing, c’est à dire, tout l’événementiel, les médias sociaux, responsable de l’atelier presse ainsi que le Product Planning l’objectif étant de travailler sur les futurs produits à 3 ans, 5ans… aussi bien en coloring, étude de marché, ce que les clients attendent en terme d’évolution produit sur notre marché.
Entre temps, Yamaha Moto Europe a décidé de dissocier les différentes disciplines sportives en 3 branches distinctes, une personne responsable de la vitesse, une responsable du MotoCross et une autre (moi en l’occurrence) responsable de l’Enduro et des Rallyes. Petit à petit j’ai donc lâché le Marketing de Yamaha France pour me consacrer à ces deux disciplines pour Yamaha Motor Europe que j’ai eu à coeur de faire progresser et monter en puissance. Et depuis l’année dernière Eric de Seynes a décidé de me confier toute la partie Off-Road racing de Yamaha Motor Europe. J’ai maintenant en charge toute la compétition Off-Road, alors, un peu moins sur l’Enduro du fait de l’arrêt de l’homologation des WRF (il ne reste qu’un Team en Suède), mais j’ai donc tout le MotoCross ainsi que tout le programme Rallye dont je m’occupe avec l’aide de mon équipe.
Voilà un peu mon parcours, je suis toujours basé en France, mais je navigue entre Yamaha France et Yamaha Europe où j’y suis toutes les deux semaines, en plus de mes déplacements sur les différents événements (MX GP, Rallyes, Enduro, courses de sables ou encore le Trial), beaucoup d’occupation, mais cela reste passionnant, c’est quelque chose pour lequel je vibre.

Comment tu vas? Comment se passe le confinement pour toi?

Eh bien écoute, ça va bien, nous avons la chance d’être en pavillon et disposons d’un jardin,  je considère ne pas être le plus à plaindre, mais cela fait un mois que je ne suis pas sorti, je suis avec ma femme et mes 3 enfants, nous suivons et respectons les règles.
Cela reste une période surréaliste, extraordinaire, jamais envisagé, donc ce qui est important c’est d’écouter ce que l’on nous demande de faire, et suivre les règles. C’est ce que j’ai demandé à tous les pilotes, à toute l’équipe, de ne pas s’entraîner en moto de ne pas tenter le diable dans la mesure où les hôpitaux sont engorgées…
Le sujet est suffisamment grave, dramatique et mondial, il impacte la vie familiale, la vie sportive, la vie économique, il faut que les gens soient le plus disciplinés possible.

Un peu d’histoire, premier Dakar en 1979, victoire de Yamaha, grâce à Cyril Neveu et son équipe, d’autres victoires suivront. Crois-tu que ça a influencé Yamaha pour développer le Rallye?

Pas tout à fait, ce n’est pas uniquement la dimension Off-Road, mais la dimension sportive à travers la marque Yamaha. Jean-Claude Olivier a lancé la marque en France en 1966 avec une fourgonnette et deux motos dedans en allant faire des démonstrations tout de suite, à être tout de suite sur le terrain du sport. Parce qu’à cette époque là, les motos anglaises étaient leader et les motos japonaises ne faisaient qu’entrer sur le marché. Donc dans l’idée, c’est l’esprit sportif en général qui a toujours prédominé chez Yamaha.
Alors oui, en 1979, il y a eu l’épopée Dakar, c’était l’aventure, Thierry Sabine… On voyait partir ces aventuriers modernes au soleil traversant le désert dans des périodes où nous, nous étions dans la froideur nationale de l’hiver. On les voyait avec leurs motos dans une course qui était à rebondissement tout le temps, tous les jours… Alors, je dirais que le Dakar a peut-être été l’amorce de tout cela, mais dans les années 80, il y a eu tout de suite des investissements très forts au niveau de la vitesse à travers des pilotes comme Patrick Pons ou Christian Sarron mais aussi encore dans le MotoCross avec Jacky Vimond et l’enduro avec l’ère Stéphane Peterhansel… Donc je dirai plutôt c’est le sport en général qui était dans l’ADN de Jean-Claude Olivier qui nous a éduqué comme ça. Eric de Seynes a pris le relais et a parfaitement fait perdurer l’esprit sportif de Yamaha. Dès le lendemain de la création de la marque en 1955 Yamaha Motor, M. Kawakami faisait courir ses produits au mont Fuji, la compétition à toujours fait parti des valeurs de la marque.

L’équipe est bonne, les pilotes sont bons, les motos marchent fort, niveau classement ça se joue régulièrement dans un mouchoir de poche… qu’est-ce que tu crois qu’il manque à Yamaha pour re-fêter des victoires au Dakar?

Disons que depuis 2012-2013, nous remontons progressivement à un investissement, à une vraie volonté d’aller et de performer dans cette discipline. Nous avons effectué depuis ces dernières années de véritables mutations au niveau de l’équipe. Nous sommes arrivé avec une équipe qui vient de l’Enduro. José Leloir (Team Manager Rallye) et moi-même avons demandé à Marc Bourgeois et Yann Lozano de venir sur le terrain des Rallyes, juste pour découvrir et se mettre dans le bain…
Mais tu sais, la difficulté d’une course comme le Dakar, c’est que c’est une course différente tous les jours, mis à part cette année, En Amérique du sud, nous allions dans des endroits où le matin nous pouvions être au niveau de la mer et le soir dans les montagnes à 5000m d’altitude. Nous pouvions avoir de la neige le matin et 35° l’après-midi… Des amplitudes thermiques qui viennent influer sur les performances des pilotes et des motos. Il a donc fallu s’adapter, travailler pour faire performer la machine, pour fiabiliser la machine, et cela ne peut se faire qu’avec du temps, pour être performant sur une courses comme le Dakar. Et puis, il y a la partie pilote où là, en collaboration avec eux nous avons travaillé sur le développement de la moto, ainsi que les programmes de courses également, parce que même si la priorité reste le Dakar c’est sur le terrain qu’on peut le mieux juger des performances. Plus il y a d’implication sur le terrain, meilleur on sort.
Aujourd’hui, nous sommes arrivé à un package moto – performance – fiabilité qui est dans le coup, malheureusement avec ce qui s’est passé cette année, le fait de perdre au bout de deux jours ses top-pilotes, cela n’a pas facilité les résultats. Je reste malgré tout très optimiste sur la capacité de notre marque à animer les Rallyes devant, et de pouvoir performer sur les prochains Dakar.
Nous avons revisité la partie pilote, et avons deux nouveaux arrivants, Andrew Short (USA) et Ross Branch (BOT) qui sont là pour consolider l’équipe… Le Dakar de cette année a été un amalgame de faits, pour ne pas dire de malchance, qui nous a fait raté sportivement ce Dakar, même si la moto, l’organisation, la Team ont vraiment progressé. Parce que sur 4 pilotes quand tu en as deux pilotes qui chutent… Donc Adrien qui chute, Franco Caimi qui arrive surplace, le découvre inanimé, déclenche l’intervention médicale d’urgence… Choqué, Franco est repartie en voyant son coéquipier toujours inanimé et malheureusement, cela rajouter à un début de course timide, lui a fait   rater sa première semaine.
Ensuite, Xavier de Soultrait avec le poignet complètement ouvert, avec des problèmes de nerfs qui ont été touchés au niveau de la main… me disant qu’il veut repartir le lendemain, malheureusement, nous avons tout de suite vu que cela ne pouvait pas aller bien plus loin…
Et pour finir il y a Jamie Mccanney, qui lui était le new comer, premier Rallye, il était là pour apprendre, puis nous ne voulions pas qu’il se place trop en risque pour son premier Dakar. Lorsque tu as un gamin de 24 ans que tu emmènes sur le Dakar, tu as une certaine responsabilité personnelle vis à vis de lui. On n’envoie pas un pilote novice comme cela en lui mettant la pression. Le but étant pour lui d’être à l’arrivée du Dakar.
L’équipe était prête, les pilotes étaient prêts, la moto aussi, mais le sport reste le sport, il peut être beau et à la fois cruel; et cette année il l’aura été pour Yamaha.

Crois-tu que la distribution du Road Book le matin et non le soir y a été pour quelque chose?

Oui et non, cela change la donne pour tout le monde. Il y a parfois la suspicion de savoir qui est allé reconnaître le terrain, qui a eu des informations… Personnellement, j’adhère à cette procédure, avec bien-sûr un minimum de temps à passer pour lire le RB et de le mettre dans le lecteur. Alors c’est vrai que certains diront que c’est plus dangereux d’un côté mais cela a au moins le mérite de mettre tout le monde au même niveau. Je crois que toute l’équipe d’ASO, Yann le Moënner, David Castera a fait un boulot remarquable cette année.

C’est quoi le rôle d’un Team Manager sur le Rallye et quel est son rôle pendant l’année?

Le rôle d’un manager est un rôle d’un chef de guerre. Pendant le Rallye, le Team Manager doit gérer le staff. Yamaha est composé d’une équipe de 25 personnes avec les pilotes, donc tu as 25 personnes, 25 caractères différents. 25 personnes qui vont se lever à 3h du matin, qui vont rouler 700km pour rejoindre le bivouac suivant, qui vont monter les tentes, qui vont mécaniquer, bosser jusqu’à minuit voir plus pour repartir le lendemain… A l’issue d’une semaine de course, il faut gérer la fatigue, l’humain, le staff, la logistique, la partie organisationnelle.
Le premier jour, les 4 pilotes se suivent en terme de numéro donc là, nous sommes bien, c’est rodé. Mais dès le lendemain, les pilotes sont dans un ordre complètement différent. Il faut s’adapter chaque jour au rythme de la course, au classement des pilotes. Sans oublier les helpers, les camping-cars, il y a un camion dédié au bivouac, le camion atelier qui lui doit partir en avance pour être prêt à l’arrivée. Toute la partie sportive, où là, il faut gérer le pilote, préparation, confort, être à sa disposition, lui donner les instructions de courses, la stratégie à suivre qu’il faut mettre en place aussi. Stratégie qui évolue chaque jour selon le terrain, un jour c’est du sable, le lendemain de la pierre, des rios, de la montagne… C’est une remise en question de tous les instants.
La partie communication, parce que le Dakar est un mastodonte en terme d’images et de communication, et nous sommes en permanence sollicités. Tous les jours il se passe quelque chose sur un Dakar.
Pour le pilote, nous lui demandons d’être dans sa bulle, de rester un maximum concentré. José Leloir s’occupe plus de la stratégie de course et supervise la partie technique avec Yann Lozano et Pedro Almeida, ensuite nous avons Marc bourgeois qui s’occupe de la partie staff, Jordi Arcarons qui gère la partie RB avec les pilotes. Et moi qui supervise tout cela. C’est un rôle de chef d’orchestre au final.

Le Dakar bénéficie d’une immense couverture médiatique, tu ne penses pas que ce soit au détriment des autres Rallyes ou même des Bajas?
(Africa Eco Race, Silk Way…ou encore le Rallye du Maroc)

Oui, nous pouvons dire cela… Mais après la magie du Dakar, c’est sa dimension. Parce qu’aujourd’hui, il n’y a pas un Rallye qui soit aussi long que cela (à part le Silk Way qui s’en rapproche)… Tu sais un Rallye du Maroc, c’est la moitié du Dakar… Abou Dabi, niveau paysage c’est des dunes et du sable. Alors qu’un Dakar, tu vas avoir du rapide, du technique, de la piste, de la dune, de la pierre, des rios… de tout quoi. Un Dakar c’est 8500km de spéciale… Et il y a la dimension médiatique, quand on visite le PC télé, les images sont diffusées dans 190 pays, sur 70 chaînes, donc de nos jours, il n’y a pas un Rallye qui en est là.
Il y a aussi l’histoire du Dakar, tu disais 40 ans de Dakar, c’est le seul et il a passé toutes les tempêtes, et le Dakar est toujours là.
Alors, ce qui est problématique, c’est que dans le Championnat du Monde des Rallyes, chaque course est indépendante, chacune a son règlement calqué sur le règlement FIM, mais quand même avec quelques adaptations. Mais des adaptations sur des motos peuvent être importantes. Tu as par exemple un type d’IRITRACK qui est valable dans un Rallye, qui ne le sera pas dans un autre. Celui du Dakar, qui est celui de référence pour nous est à un emplacement particulier, sur un autre Rallye, l’emplacement sera différent.
L’idée serait de trouver un promoteur qui s’occuperait de lisser la partie règlement des Championnats du Monde, ce qui engendrerait sans doute une meilleure visibilité médiatique.

 » Le pilote gagne grâce au Team, le Team, gagne grâce au pilote « 

Sur combien de Rallye par an le Team Yamaha est-elle présente?

Jusqu’à présent, et là, cela va changer, le Dakar ne faisait pas parti des manches du Championnat du Monde des Rallyes. Et c’est la raison pour laquelle Yamaha n’était pas spécialement investi sur le Championnat du Monde. Parce que la priorité de notre marque reste le Dakar. Maintenant, avec l’arrivée du Dakar au Championnat du Monde, il y a une légitimité à ce que Yamaha puisse entrer dans cette dimension. Le plan initial de 2020 était qu’Adrien (VBA), à l’issu du Dakar, participe à l’intégralité du Championnat du Monde et nos autres pilotes auraient participé ponctuellement à certaines courses, deux, trois Rallyes. Nous aurions donc eu,  Abou Dabi, Sertoes, le Silk Way, le Kazakhstan, le Maroc et le Dakar. Il s’avère qu’un certain nombre de choses a remis les choses au clair… La chute d’Adrien bien sûr mais aussi le corona virus qui lamine toute l’année 2020 sur son passage…

Drag’on Distribution et Yamaha ont-ils chacun leur propre Team? Niveau développement moto Drag’on Distribution et Yamaha, comment vous fonctionnez ensemble?

Drag’On Distribution est sous l’égide d’Axel Dutrie, avec lequel nous entretenons des relations étroites depuis de nombreuses années et que nous soutenons. Nous avons proposé il y a quelques temps à Axel de reprendre la partie client, parce que nous parlons beaucoup des Teams officiels, mais le client a toujours été très important chez Yamaha. C’est pour cela que nous avons voulu proposé à travers la structure d’Axel un partenariat. Yamaha supporte une partie du Team d’Axel pour que lui puisse proposé un package complet à nos clients. Notamment Axel reprend notre moto dans les grandes lignes, la partie performance étant réservée au Team officiel, mais tout ce qui va être au niveau de la tour de navigation, des réservoirs, sabot moteur …. , le client peut en bénéficier à travers la structure d’Axel. Alors oui, ce sont des Teams indépendants, mais tu sais, nous restons toujours très proche des clients, tel que Guillaume Chollet, Rodney Fagotter, Anthony Boursaud, Paco Gomez… je ne peux pas tous les nommés parce que je risque d’en oublier [rires], mais sur un Dakar, nous nous voyons tous, tous les jours et nous passons beaucoup de temps ensemble.

Si un jour, par le plus grand des hasards, je voulais te commander une Yamaha WRF450 Rallye, en temps que particulier, je pourrais? Une formation pilotage est-elle incluse dans le prix? 😉

Tout à fait, tu appelles Axel, il te fera parvenir un descriptif complet. Il peut te proposer un Dakar clef en main. Il bénéficie de toutes les connaissances de notre Team pour développer la moto client, il est capable de te proposer une assistance client. Un mécanicien pour deux pilotes. En revanche, il n’y a pas de formation pilotage derrière [rires]. Mais nous avons Jordi Arcarons qui lui est basé à Erfoud, pas loin de Merzouga, chez qui tu peux aller. Nous envoyons régulièrement le Team là-bas, tu peux tester tous les types de terrains, du rapide, du technique des dunes… Et Jordi enseigne toute la partie Road Book. Donc, tu vas là-bas, il va te mettre une WRF450 d’Enduro entre les mains, avec un RB, un GPS et puis c’est parti, il va te suivre sur son ordinateur.

La WRF 450 RALLY REPLICA bénéficie du châssis de la WRF 450 Enduro, verra-t-on un jour un développement spécifique d’un modèle Rallye chez Yamaha?

Il ne faut jamais dire jamais, mais aujourd’hui, le programme Rallye Yamaha est fait sous l’égide d’Eric de Seynes et de Yamaha Motor Europe. C’est une volonté Européenne avant d’être une volonté de l’usine. Bien-sûr nous avons des conseils, des pièces de l’usine, mais tu viens sur un Dakar, tu n’auras pas d’ingénieur Japonais dédié à ce Team. Donc nous travaillons, nous développons et nous arrivons à des performances qui sont aussi bonnes que les autres voir peut-être meilleures. Mais disons que le programme est Européen avant tout, bien entendu soutenu par le Japon, mais avec un investissement à 95% Européen. Le jour où nous remporterons le Dakar, la dimension sera peut-être amenée à évoluer aussi.

Il y a quelques temps de ça, les acteurs principaux du Rallye, dont la FIM, Yamaha entre autres se sont réunis pour travailler sur des solutions pour augmenter la sécurité sur les compétitions. Les discussions ont tourné autour des puissances, de la navigation et de l’instrumentation. Tu peux nous en dire un peu plus?

Aujourd’hui, les Rallyes restent une discipline très très particulière qui demande beaucoup de qualité de pilotage, de concentration, d’abnégation… Parce que c’est vrai que les pilotes arrivent à des vitesses qui sont très importantes, sur des terrains qui changent du tout au tout. Comme sur beaucoup de Rallyes, il est arrivé un certain nombre d’accidents et c’est vrai qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de points sur lesquels nous devons travailler, notamment l’airbag. A l’heure actuelle aucun pilote n’en est équipé, alors qu’il est utilisé en courses de vitesse, c’est une piste que nous devons étudier. Nous savons que les pilotes roulent sur des motos qui embarquent 35L d’essence, en plus du poids initial de la moto, ce qui fait que lorsqu’on prend une mauvaise bosse, avec l’inertie, les situations peuvent être dramatiques.
Nous avons aussi besoin de faire évoluer la discipline au travers du RB. Nous sommes toujours sur des RB papier, quand nous voyons  tous les instruments mobiles que l’on peut avoir, il est temps aujourd’hui de développer un RB qui soit électronique permettant d’être plugué et de télécharger l’itinéraire en 2 secondes.
Et sans parler de limiter les vitesses, car oui la vitesse peut être un facteur aggravant, mais nous avons aussi vu des chutes à 50km/h se terminer de manière dramatique,….  il y a deux grands dangers en Rallye, les rios, où les pilotes vont être obligés de passer dans des champs de cailloux à vitesses élevées et le hors piste, parce qu’à 5m d’écart, il est impossible de prévoir ou de matérialiser toutes bosses ou tous les trous.
Et l’une des grandes différences entre les Dakar que l’on a connu pendant 10 ans en Amérique du Sud et ce nouveau Dakar, c’est que parmi tous les Top Pilotes qu’il y a en moto aujourd’hui, aucun n’avait vécu le Dakar en Afrique, qui est une dimension complètement différente.

Pour résumer, l’Amérique du Sud était typée beaucoup plus WRC quand la dimension Africaine est beaucoup plus hors-piste et rapide. Donc c’est jouer sur la vitesse des motos dans certains endroits, mais aussi sur la partie sécuritaire du pilote. C’est pour cela qu’à la dernière réunion avec la FIM, à laquelle nous avons assisté avec d’autres marques et certains pilotes, nous avons décidé que les axes de développement seraient l’airbag, une bride à l’admission, le RB, pour faire un RB électronique, plus lisible, permettant au pilote d’être plus serein, de pas avoir le stress de le mettre à l’envers ou autre. Et puis cette dimension de vitesse qui peut aussi en faire partie, mais paradoxalement, sur certaines partie, les pilotes ont besoin de vitesse pour absorber certaines obstacles.

 » Il a la maturité, l’expérience, l’intelligence, il a la navigation, le pilotage, il a toutes les cartes pour remporter un Dakar « 

Certains autres Rallye ont fait le choix de ne pas limiter les cylindrées aux 450, selon toi, le bridage de motos est-il la meilleure solution?

Il faut étudier toutes les possibilités pour améliorer la sécurité. Après sans tirer sur l’ambulance, il y a la partie organisateur, ou il a de grosses responsabilités, et un cahier des charges qui s’est largement étoffé, mais de mettre d’avantage de WayPoint serait une éventualité. Quand tu prends un rio de 10km à fond, peut-être que de faire sortir le pilote, le faire re-rentrer… ça peut être une solution pour ralentir les pilotes. Alors, oui, cela fait de la logistique en plus, un coût supplémentaire, mais il faut trouver un juste milieu entre nous, les concurrents et l’organisation, trouver un palliatif… La clef de tout cela, étant d’accroître la sécurité, même si le risque zéro n’existe pas dans les sport mécanique en général. Nous avons vu arriver des brides en voitures, en SSV… bon pourquoi pas étudier cette option là. Après, il faut l’étudier, la tester et la valider, parce que c’est bien beau de dire que nous allons brider électroniquement ou à l’admission, mais il faut le faire de manière cohérente, sans trop couper les puissances, qui peuvent être nécessaires dans nombreux cas. C’est un juste milieu à trouver entre la navigation et la vitesse.

A cette époque où l’environnement est une priorité, Yamaha et les autres constructeurs ont-ils des pistes alternatives aux moteurs thermiques? L’électrique pourrait-il supporter les conditions de Rallye?

Yamaha travaille sur tout un tas de pistes, de nouvelles technologies. Les moteurs électriques sont déjà développés par Yamaha. Les moteurs hors bords, les voiturettes de Golf, des moteurs de vélo par exemple existent depuis des années chez Yamaha. Donc effectivement, nous travaillons sur plusieurs solutions alternatives, comme l’électrique, mais pas seulement, il y a l’hybride ou encore l’hydrogène…
Maintenant, est-ce qu’un moteur électrique peut supporter les conditions d’un Rallye tel que le Dakar, je ne pense pas. Aujourd’hui nous ne sommes pas prêts, parce que ne serait-ce que dans la vie de tous les jours, lorsque l’on voit la puissance de l’industrie automobile, cela fait 10 ans que les grandes marques travaillent à communiquer, à investir, à pousser l’électrique et nous commençons seulement à voir l’électrique… La problématique électrique engendre d’autres problèmes, la technologie est dite propre certes, mais il y a la dimension, recyclage, autonomie, poids de batterie. Et la moto, ce que les les ingénieurs automobiles ont toujours reconnu aux ingénieurs deux roues, c’est qu’ils ont la capacité à faire tenir dans un minimum de place une technologie dans un espace limité, mais aujourd’hui l’électrique ne permet pas de rétribuer l’énergie nécessaire à des conditions d’un Rallye avec un encombrement réduit pour être stocké sur une moto.

Le Team pilote 2021 au complet, selon toi, qui pourrait remporter le prochain Dakar?

Oui, nous avons Adrien Van Beveren, Franco Caimi, Jamie Mccanney et deux nouveaux arrivants, Andrew Short et Ross Branch. Pour le reste, c’est une bonne question, j’ai du mal à lire dans les boules de cristal… Mais aujourd’hui le Dakar, à la différence d’il y a quelques années, en 17ans de temps, il y a eu 3 vainqueurs du Dakar, Stéphane Peterhansel, Cyril Després et Marc Coma, et là depuis 6 années, tu as 5 nouveaux vainqueurs. C’est un peu comme le Touquet, il y a quelques années, Van der Ven en gagnait 5, Demeester 7… et on s’aperçoit que le Touquet est beaucoup plus disputé. Le Dakar, c’est pareil, je dirai qu’il y a 10 pilotes qui peuvent gagner le Dakar aujourd’hui. Parmi nos pilotes, Adrien peut remporter un Dakar, Andrew peut remporter un Dakar, pourquoi pas un Ross Branch et Franco a ses chances. Alors, oui, notre pilote phare, c’est Adrien, qui a fait 6e la première année, 4e la deuxième année, à deux doigts de remporter son Dakar 2018, à deux-trois jours de l’arrivée trouve la faille, fait le trou et empoche 45min, avant sa terrible chute à Belen… Cela n’était pas loin, donc Adrien qui est un pilote de talent peut parfaitement gagner un Dakar. Aujourd’hui, je sais qu’il travaille dure pour cela. Alors, c’est vrai qu’il a pas eu l’occasion de montrer son talent sur ce dernier Dakar mais il était prêt. Il a la maturité, l’expérience, l’intelligence, il a la navigation, le pilotage, il a toutes les cartes pour remporter un Dakar.

Dans plusieurs interviews, on a pu entendre que l’ambiance au sein de le Team était très familiale, au niveau où vous êtes, comment vous arrivez à conserver cet esprit?

Yamaha est une marque à dimension humaine, dans laquelle nous avons toujours voulu développer une proximité. Une proximité avec nos pilotes, avec notre staff sportif, avec nos concessionnaires et avec nos clients. Et c’est ce qui fait partie de l’ADN de Yamaha que moi, je me suis toujours tenu à défendre et à mettre en avant. A partir du moment où un client est sur une Yamaha, il fait parti de la famille. Un pilote ne peut pas gagner seul, c’est un Team qui fait marcher tout cela. Le pilote gagne grâce au Team, le Team, gagne grâce au pilote.

Pour toi, ça serait quoi le tracé du Dakar parfait?

C’est un Dakar qui va mêler du pilotage, de la navigation, du technique, du rapide, des jours variés. Avec des règles de navigation, des règles d’organisation qui sont différentes… On a eu affaire cette année au marathon, au super marathon. Le Dakar de cette année manquait un peu de navigation, il est parti très vite tout de suite, mais je dirai qu’un Dakar parfait, c’est un Dakar qui va nous emmener tous les jours des satisfactions [rires].
Nan mais un Dakar parfait, c’est un Dakar qui nous fait découvrir des régions superbes, des paysages variés, dans des conditions sportives que l’ont attend tous, dans plusieurs pays. Cette année, ASO a réalisé une prouesse, en terme de logistique, en terme économique ou même politique pour permettre à toute l’équipe des amoureux du Rallye de pouvoir continuer cette épopée. Parce que quelle épreuve aujourd’hui peut se targuer d’être là après 40 ans, avec la même ferveur, la même dimension sportive?!

Si tu avais un conseil à donner pour Road To Desert, ça serait lequel?

Si j’avais un conseil, c’est celui d’y croire. D’y croire dur comme fer. Tout est une question de volonté.
Toujours s’efforcer de prendre du plaisir dans ton entraînement, parce qu’il faut rouler, s’entraîner, un Rallye c’est jamais facile quand tu es 6-7-8h sur la moto voir plus, il faut à un moment donner pouvoir trouver cette once de plaisir qui doit te permettre de te tirer et d’arriver le jour où tu es un peu moins motiver.

Après le confinement, on peut souhaiter quoi au Team Yamaha?

L’après confinement, eh bien ce qu’il faut se souhaiter, à toi, ta famille, à nous et comme à l’équipe Yamaha, c’est la santé. d’être en possession de tous ses moyens. d’être prêt à affronter la vague qui va nous arriver. L’issue n’ est pas encore trouvée mais il faut continuer à être vigilent… toutes et tous…. Et pour après, ce sera le partage sportif, le partage de victoire. C’est le meilleur que je puisse nous souhaiter.

Fast & Focus

Ton plus beau souvenir à moto?
Pas plus tard que février, j’ai emmené mes 3 enfants et mon frère faire de la moto dans les dunes de Merzouga. Cela a été un moment exceptionnel.

Ta plus grosse frayeur à moto?
Oula, il y a quelques années, à Reygades en MX, j’ai fait un frontflip à la réception d’un grand saut, il y avait un virage à 180° à suivre… j’étais trop long sur le saut, ma main a ripé, coup de gaz et la je suis passé par devant… Ça aurait pu être très grave.

La moto de tes rêves?
Allez, une moto à l’hydrogène qui pollue pas, avec laquelle je peux sauter un plateau de 25m  aller dans les dunes de Merzouga, et rouler à haute vitesse sur route.

Monocylindre ou Bicylindre ou autre?
Alors, mono pour le tout terrain et en route un bi voir un tri.

Ton rêve en moto?
Repartir avec mes gamins sur des spots sur lesquels j’ai eu l’occasion de rouler  tout au long de ma carrière, et d’en découvrir d’autres avec eux…

Un immense merci à Alexandre de nous avoir accordé de son temps pour répondre à toutes ces questions ◀

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